DALY (Pierre-Laurent)



DALY (Pierre-Laurent{231}), industriel et homme politique, né à Die, le 20 mai 1760, mais établi de bonne heure à Crest, y avait, dès 1788, une manufacture de toiles de coton, pour laquelle les Etats du Dauphiné demandèrent " la protection du Gouvernement, et même des secours sur la caisse des fonds du commerce ", attendu qu'elle faisait " subsister en divers lieux plus de mille personnes " et avait été " le principe et le modèle de toutes les filatures de coton établies dans la province. " Enthousiaste partisan de la Révolution, dès le premier jour, il devint commandant en second de la garde nationale de Crest, le 16 mars 1792 ; quelque temps après, agent national près le district ; enfin, délégué du district à l'administration départementale, le 27 juin 1793 ; et ses collègues, puis " les citoyens assemblés au Champ-de-Mars ", l'ayant chargé aussitôt de se rendre, avec quelques autres, dans le Midi, pour inviter les bandes armées qui de Marseille se dirigeaient sur Lyon, " à suspendre tous actes de violences, au nom de la fraternité et de l'indivisibilité de la République ", il n'hésita pas à se mettre en route. Seulement, arrivé au Pont-Saint-Esprit, dont il trouva la citadelle occupée par 1,200 gardes nationaux du Gard, il estima que sa mission était terminée, lorsque quelquesuns de ces derniers, avec lesquels il s'aboucha dans une grange, eurent convenu avec lui d'évacuer cette citadelle, et que la Convention est " le seul centre d'union pour les vrais républicains. " Ce fait s'explique par l'attitude des Marseillais, qui terrorisaient alors le Midi.
Moins de deux mois après (9 septembre 1793), soixante et onze sociétés populaires s'étant assemblées à Valence pour y manifester en faveur de la Convention, Daly fut le principal rédacteur d'une adresse demandant que " le rasoir national abatte la tête de l'infâme Brissot, ce moderne Catilina ", et que " Barnave et Dumollard soient traduits au Tribunal révolutionnaire ", parce qu'on arrachera ainsi " deux dents de plus au monstre du fédéralisme ", ce qui ne témoigne en réalité, croyons-nous, que d'un caractère faible et sujet aux entraînements ; car, Robespierre ayant été renversé, c'est avec le même enthousiasme qu'il fit voter par la Société populaire de Crest une adresse félicitant la Convention de cette chute et de la fermeture du club des Jacobins. Mais il ne s'en fit pas moins, pour cela, beaucoup d'ennemis, ainsi que le prouvent les attaques dont il fut l'objet, à différentes époques. En 1795, par exemple, on l'accusa d'avoir voulu affamer le pays, ce qui était banal, et d'avoir enfreint la loi du maximum, en vendant des draperies au-dessus du prix fixé, ce dont il se défendit assez mollement ; et, s'il resta quand même agent national et, qui plus est, trouva moyen de se faire nommer administra{232}teur du département, le 29 avril 1796, ceux qui avaient été régulièrement élus quelques mois auparavant, ayant été alors expulsés comme royalistes, il ne cessa pas d'être attaqué pour cela. Aussi le Directoire finit-il par le destituer au mois de février 1799, et, réintégré presque aussitôt, fut-il encore en butte aux plus graves accusations, son compatriote Curnier, qui était, en ce temps-là, commissaire du Directoire près l'Administration départementale, n'ayant pas craint d'avancer qu'en l'an IV, Daly s'était approprié les laines et les cotons filés qui furent alors réquisitionnés dans le district de Crest, et le citoyen Augustin Forest, prêtre défroqué, l'ayant dénoncé à la tribune de la Société populaire de Valence, le 9 août 1799, comme étant un des chefs des assommeurs de Lyon et de Marseille, il s'ensuivit, le lendemain, une scène de pugilat en pleine fête publique.
Appelé, malgré cela, l'an d'après, à représenter l'un des deux cantons de Crest dans le conseil de l'arrondissement de Die, il fit partie de ce conseil jusqu'à la chute de l'Empire, qui ne précéda sa mort que de quelques mois ; car c'est le 21 juillet 1814 qu'il mourut à Crest, ne laissant pas de postérité. Mais combien Daly différait-il alors du jacobin de 1793 ! Certaines lettres nous le montrent admirateur passionné de Napoléon dès 1803, et lui, qui paraît avoir été l'instigateur d'un arrêté absolument vexatoire, pris le 24 messidor an VII, à l'occasion de l'internement de Pie VI à Valence, et qui en arriva même à dénier, à propos de cet arrêté, les droits du commissaire du Directoire dans le département, son compatriote Curnier (Voir ce nom), adressait le 12 thermidor an XII (30 juillet 1804), au préfet de la Drôme, un ensemble de notes relatives au séjour de ce pontife à Valence, dans lesquelles il cherche évidemment à donner le change sur sa conduite en cette circonstance, car il termine en s'appropriant cette phrase de Mallet du Pan, dans le Mercure britannique : " Je ne sais s'il est une injustice qui soulève autant l'indignation que la froide et systématique atrocité du Directoire envers le Souverain Pontife ! "
BIBLIOGRAPHIE. - I. Discours prononcé... le jour de la célébration de la fête en l'honneur de la prise de Toulon, imprimé ensuite de la délibération de la Société populaire de Crest, du 25 nivôse (14 janvier 1794). Montélimar, Mistral, s.d., in-4º de 7 pp.
II. L'Agent national du district de Crest, à ses concitoyens (24 pluviôse an III). A Crest, de l'imprimerie de Bénistant et Gallet, s.d., in-4º de 20 pp.
III. Discours prononcé à Valence, le 26 messidor an V, ... pour la célébration de la Fête anniversaire du 14 juillet 1789. Valence, in-4º de 8 pp. et placard in-folio sur trois colonnes.
IV*. Lettre d'un Républicain de la Drôme à un de ses amis de Paris, relative à Curnier, ex-commissaire central. S.l.n.d., in-4º de 12 pp.
V. Essai de statistique agricole, industrielle et commerciale du département de la Drôme, suivi de divers projets d'amélioration, lu à la Société d'Agriculture, Commerce et Arts de ce département. Valence, s.d., in-4º de 38 pp.
VI. Le département de la Drôme considéré sous le rapport agricole et industriel. Mémoire lu à la même Société, le 4 brumaire an X, et resté manuscrit.
VII. Ses notes sur le séjour de Pie VI à Valence, qui font partie des archives de la Drôme, ne sont, en réalité, qu'un recueil de morceaux pris un peu partout et arrangés, avec le concours de Daly, par un sieur Tourrette.
#Et. civ. de Crest. - Procés-verb... des Etats du Dauph, à Romans, 187. - Champollion, Chron. Dauph., iv, 153. - Rochas, Mém. d'un bourg., i, 321 ; ii, 299, 336, 347, 408, 424. - Délib. mun., de Crest. - Cat. mss. bibl. Grenoble. - Etc.




Brun-Durand Dictionnaire Biographique de la Drôme 1901

Société de Sauvegarde des Monuments Anciens de la Drôme & Les amis du Vieux Marsanne

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