MÉVOUILLON (Raymond)



MÉVOUILLON (Raymond IV de), fils et successeur du précédent, ne fut pas moins jaloux de son indépendance que son père et, comme lui, s'efforça de maintenir la puissance de sa maison : d'abord en protestant énergiquement, dès le premier jour, contre l'immixtion du comte de Toulouse et du roi de Sicile dans ses affaires ; puis, en acquérant quelques biens, savoir, en 1283, un quart de la seigneurie de Brantes et une portion du fief de Guibert, et, cinq ans plus tard, le château de Cornillon. Mais rien ne devait empêcher son absorption, d'autant plus qu'à une lutte constante contre les empiètements de ses puissants voisins, s'ajoutèrent, dès les commencements, des embarras financiers tels qu'en 1288 il accorda une charte de libertés à ses vassaux du Buis, moyennant 1,000 livres couronnes. " Se trouvant engagé et obligé à plusieurs créanciers ", il dut faire de telles concessions " pour ne vendre partie de sa terre ", dit un vieux mémoire, et, comme cela ne suffit pas, il s'en fallait de beaucoup, il se décida, quatre ans après, à vendre le haut domaine de sa baronnie à l'évêque de Die, dont la suzeraineté froissait moins son amour-propre que toute autre, ce qui lui rapporta 6,000 livres. Seulement il arriva ensuite, - ce qui n'est pas à son honneur, - que les Diois s'étant révoltés contre l'évêque Jean de Genève, il ne craignit pas de manquer à ses devoirs de vassal, en acceptant d'être leur chef, et que le Dauphin ayant alors pris parti pour l'évêque, il fit aussitôt un accord avec ce prince, qui guettait depuis longtemps l'état des Mévouillon. Moyennant 6,000 livres encore, il lui céda le haut domaine déjà vendu à l'évêque de Die, sous réserve de tous ses droits seigneuriaux, plus celui de battre monnaie et de ne pouvoir être dépouillé de ses biens, même en cas de trahison, que par jugement du Conseil delphinal. L'acte fut passé à Chabeuil, le 10 juillet 1293, et naturellement il donna lieu à des protestations de la part de l'évêque de Die ; seulement, comme celui-ci était le moins puissant des deux, on lui donna tort.
Quant au baron de Mévouillon, encore endetté de 1,800 livres chez des juifs en 1296, il vendit en 1299 la terre de Visan au Dauphin et, peutêtre cette vente eût-elle mis fin à ses embarras d'argent, lorsqu'un événement, qui témoigne de son énergie et de sa décision, fut une nouvelle source de difficultés et d'ennuis pour lui. Un émigré florentin du nom d'Albert Médici, à qui appartenait le village de Mérindol, non loin du Buis, ayant légué en 1299 cette terre à son petit-fils Guillaume, avec défense expresse de l'aliéner, sous peine d'en être dépossédé au profit du baron de Mévouillon, et ce petit-fils l'ayant quand même vendue au prince d'Orange, qui en prit possession le 8 juin 1300, Raymond IV n'hésita pas à faire valoir ses droits. Ayant convoqué pour cela ses vassaux et fait appel aux seigneurs ses alliés, il fit mettre, deux jours après, le siège devant Mérindol. Trop faible pour ré{142}sister, le prince d'Orange convint alors avec le commandant des troupes assiégeantes, un Pierre Isoard, de la famille des seigneurs d'Aix-en-Diois, que l'évêque de Vaison serait chargé de garder le château contesté jusqu'à ce que des arbitres se fussent prononcés sur la valeur des droits de chacun, et le recteur du Comtat-Venaissin, dont ce prince avait voulu se faire un protecteur en lui rendant hommage pour Mérindol, enjoignit aussitôt au prélat de garder fidèlement la place qui lui avait été confiée, jusqu'à autres réquisitions. Seulement, le baron de Mévouillon, ne se jugeant pas lié par un accord fait en son absence, ordonna de continuer le siège et de préparer un assaut, et, le recteur du Comtat l'ayant alors menacé d'excommunication, il lui répondit fièrement, le 3 juillet, que la terre de Mérindol ayant toujours été de sa mouvance, l'Eglise n'avait rien à y voir, et qu'il en appelait, du reste, au pape. Il ne tint pas davantage compte d'une sommation de l'évêque de Carpentras et, finalement, après quinze jours de siège, celui qui commandait dans le château de Mérindol pour l'évêque de Vaison, dut se rendre à discrétion. C'était une victoire complète pour Raymond IV, mais une victoire qui lui coûta si cher qu'il lui fallut vendre, deux ans après (1302), la terre de Cornillon au Dauphin, pour payer les frais de la guerre. Or, cette vente ayant été faite sans l'autorisation de l'abbé de l'Ile-Barbe, haut seigneur de Cornillon, il s'ensuivit encore de très grosses difficultés pour notre baron de Mévouillon, qui, pour s'assurer un protecteur, donna, faute d'enfants, sous réserve de l'usufruit, son petit état au Dauphin, le 2 septembre 1317. Cet acte faillit avoir pour Raymond IV des conséquences tragiques et, dans tous les cas, en eut pour son cuisinier, Jean de Verdun ; car, celui-ci, ayant tenté de l'empoisonner, à l'instigation de certains de ses héritiers naturels, dont cette donation ruinait les espérances, les juges de la baronnie le condamnèrent, le 23 juillet 1323, à être traîné nu dans les territoires de Mévouillon et de Villefranche, le corps tenaillé avec des tenailles aiguës et rougies au feu, et finalement pendu aux fourches patibulaires. Raymond IV était-il alors en Terre-Sainte, comme il semble ? Tout ce que nous savons, c'est que, deux ans plus tard, il vivait retiré à Carpentras, encore assez soucieux des intérêts de ses vassaux, pour qu'on le voie charger alors un nommé Tournaire, son agent et son fondé de pouvoirs, de se rendre à Mévouillon, pour y confirmer, en son nom, la char te de libertés de 1270, après quoi il n'est plus question de lui.
#Lacroix. L'Arr. de Nyons, i, 392, 410, 424. - Valbonnais, i, 34, 254, 276, 310 ; ii, 68, 89, 101, 109, 244. - De Pisançon, L'Allod., 361. - Barthélemy, Inv. de Baux, nº 1016. - Chorier, Hist. gén., ii, 187. - Arch. de la Drôme, fonds des Dominicains du Buis. - Arch. des Bouches-du-Rhône, B, 265. - Gallia christ., i, 341. - Etc., etc.




Brun-Durand Dictionnaire Biographique de la Drôme 1901

Société de Sauvegarde des Monuments Anciens de la Drôme & Les amis du Vieux Marsanne

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