MIRABEL (Claude de)



MIRABEL (Claude de)), un des premiers gentilshommes du Valentinois qui prirent les armes au nom de la Réforme, était du village de son nom, à peu de distance de Crest, village dont il était seigneur conjointement avec l'évêque de Die, comme l'avait été son père, Amédée de Mirabel. Seulement, il s'établit à Etoile dès 1540, à la suite de son mariage avec Claude Chabert, fille d'Eynard et de Charlotte de Blou, et c'est là qu'il habitait quand éclatèrent les premiers troubles pour cause de religion. Dès le mois de mars 1560, on le trouve à la tête de ceux qui s'assemblaient clandestinement à Valence, dans l'église des Cordeliers, et, conséquemment, de ceux qui répondirent, le 9 avril suivant, au juge Bourjac, lorsqu'il leur signifia les défenses du Parlement, qu'ils voulaient simplement faire prêcher la pure parole de Dieu, sans tumulte, et désavouaient d'avance quiconque ferait du scandale ; ce qui n'empêcha pas que, deux jours après, on ébranlait une des croix du calvaire de cette ville et commettait d'autres profanations ; puis, que le lendemain, jour de Pâques, plusieurs milliers de personnes en armes prenaient d'assaut l'église des Cordeliers, pour y faire la cène. Effrayé des conséquences d'un acte qu'il avait déconseillé, mais auquel il finit, quand même, par prendre part, et qui devait coûter la vie à quelquesuns, notamment au procureur Marquet, Mirabel s'éloigna alors de Valence et n'y reparut qu'au mois d'avril 1562, quand des Adrets, allant au secours des protestants de cette ville, s'en empara, provoquant ainsi une sédition au cours de laquelle le lieutenant général du roi en Dauphiné, La Motte-Gondrin, fut assassiné (27 avril). Il paraît même que c'est à lui, Mirabel, que ce dernier, traqué par la foule, se rendit et qu'il était désarmé entre ses mains lorsqu'on l'assassina. Or des Adrets, devenu maître de Valence, mais n'y voulant pas rester, donna le gouvernement de cette ville à Mirabel, " pour en icelle commander, de l'auctorité de S.M., la tenir et conserver soubs son obeyssance, sauf le bon plaisir de Sad. Majesté et de la court de Parlement " ; seulement, il ne tarda pas à être remplacé par Changy.
Huit mois après (janvier 1563), Mi{148}rabel était appelé à faire partie du conseil de guerre chargé de surveiller les opérations de ce même des Adrets ; et, continué dans cette charge le 6 février suivant, on lui donna alors, en outre, le commandement des Baronnies, avec 60 livres par mois d'appointements. Après quoi, il n'est guère question de lui jusqu'au 5 octobre 1567, date à laquelle le sénéchal Bourjac, qui était censé commander à Valence pour le roi, s'étant enfui, il s'empara aussitôt du gouvernement de cette ville, disant ne le faire que " pour la conservation de l'une et l'autre religion, suivant les édicts ", et vouloir " appeler les notables " pour la gestion des affaires municipales, comme aussi mettre bon ordre aux étrangers qui y affluaient, mais exigeant en même temps une étape pour les troupes qui devaient arriver. Et il en fut ainsi jusqu'au 19 avril 1568. La paix ayant été alors promulguée, le vieux capitaine huguenot fit rendre les clefs de la ville aux consuls, qu'il avait mis sept jours auparavant en demeure d'articuler leurs griefs, s'ils en avaient contre lui, et à quoi l'on avait répondu en l'assurant que la ville n'avait " entendu ne sceu aulcunes plaintes, ains à le remercier du soulagement et bon tractement dont il avoit usé envers les habitants. "
On sait ce que dura la paix. Au mois d'août suivant, Mirabel s'en allait avec Montbrun au secours de Condé et de Coligny en Saintonge, menant avec lui un régiment de dix enseignes ou compagnies, qui fut à peu près détruit dans cette campagne, comme les six autres du reste qu'on avait levés également dans la province, de telle sorte qu'ayant ensuite remplacé Montbrun dans le commandement de cette armée, il en ramena avec peine quelques débris en Dauphiné au mois de mars 1570.
Trois mois après, il se distinguait en défendant avec succès Loriol assiégé par de Gordes, et, trois ans plus tard, il était encore tellement le maître dans cette contrée, que les habitants de Livron, dont le châtelain s'était enfui à son approche, le prièrent de leur en donner un autre (25 avril 1573). On le voit ensuite s'emparer de Chabeuil, qu'il ne put conserver, puis de Saillans, dont on massacra la garnison catholique ; enfin tenter, mais en vain, de surprendre la ville de Die, échec qui le ramena dans le bas de la vallée de la Drôme, où ses soldats ayant pris par escalade le bourg d'Allex, le 23 février 1574, y commirent des atrocités ; un témoin oculaire raconte, en effet, qu'" ils mirent à mort M. Pierre Vion, curé ; MM. Claude Laurier, chorier ; Pons Viron, Bertrand Bocquet, Guillaume Janoyer, et gardarent un prestre six à sept jours avec eux, et puis le menarent hors la ville, au devant la porte du bout de l'église, où trois des soudarts huguenots le saignarent comme un mouton. " Mirabel resta dans ce bourg jusqu'aux premiers jours d'avril, date à laquelle il fut nommé gouverneur de Livron, avec charge de fortifier cette place ; il était là depuis quelques jours assiégé par le dauphin d'Auvergne (12-17 juin 1754), lorsqu'il périt accidentellement, à ce que raconte le témoin du massacre d'Allex, dont le récit est curieux. " Après avoir ledit seigneur de Mirabel demouré dans ledit lieu d'Alles, s'en alla, dit-il, demourer à Livron, qu'estoit desmantelée, et fit accoustrer les bresches ; et ce fut là où il mourut en sautant et tombant d'un bastion. Auparavant, il frappit une fame de Livron, appelée Jaubernonne, qui lui dit que il se pouroit bien repentir de l'avoir frappée, et incontinent il tombit dudit bastion. Lequel seigneur de Mirabel la fit arraper aux soudarts et la fit mettre au feu. Ne se pouvant brusler, ce que voyant, alors il lui fit tirer des coups de pistolet contre ; et personne ne lui pouvant rien faire, il la fit tuer avec des pierres et une sèpe de vigne, et mourut. "
{149}Dernier descendant mâle de la famille de Mirabel, dont les armoiries étaient : trois miroirs et un chapeau de triomphe dans un ovale, ce capitaine huguenot, que l'on a quelquefois confondu avec son gendre, ne laissa qu'une fille appelée Françoise, qui épousa, vers 1560, Hector de Forest, seigneur de Blacons (voir ce nom), et qui mourut après le 8 avril 1576, ayant alors institué son mari pour héritier universel, sous condition de relever le nom et les armes des Mirabel.
#Vincent, notaire à Crest. - Inv. Ch. des comptes. - Arch. de Valence, BB, 6 et 9. - Id. de Livron, BB, i et 2. - Lacroix, Essais, 125, 130, 133. - Maignien, Mémoires de Joubert, 49. - J. Chevalier, Mém. des fr. Gay, 132, 283. - De Thou, v, 578. - Album du Dauph., ii, 18. - Arch. de la Dr., E, 834, 9406. - Brun-Durand, Mém. de Piémond, 576. - Etc., etc.




Brun-Durand Dictionnaire Biographique de la Drôme 1901

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