REVOL (Louis de)



REVOL (Louis de)), secrétaire d'Etat, " qui s'éleva par son seul mérite ", dit Moreri, était probablement des environs de Romans et peut-être de la même famille que Jean Revolli, religieux de l'ordre de Saint-Dominique qui faisait partie de la maison du dauphin Humbert II en 1336 et qui, devenu ensuite le confesseur de ce prince, fut enfin sacré évêque d'Orange, le 22 mars 1349, en l'église St-Barnard de Romans. Mais il y a d'autant moins de raisons d'admettre l'opinion de Chorier, - qui le rattache à un Pierre de Revol, damoiseau, vivant en 1334, et qui pouvait tout aussi bien lui donner pour ancêtres les frères Jean et Pierre de Revol, qui furent faits prisonniers à Pavie (1525), - que, si notre secrétaire d'Etat avait été de race noble, Antoine, son frère, archer de la garde du roi, ne se serait pas fait anoblir au mois d'avril 1591.
Ce qu'il y a de certain, c'est que Louis de Revol naquit en 1531, - son épitaphe nous l'apprend ; - qu'à vingt-six ans, il avait un emploi dans les finances, en Dauphiné, - ceci, nous le savons par une lettre qu'il écrivit, le 18 novembre 1557, au {301}maître de la monnaie de Grenoble ; - puis, qu'il fut assez mêlé, quatorze ans plus tard, aux négociations engagées avec les huguenots dauphinois, à la suite de l'édit de Poitiers, pour qu'on voie le président d'Hautefort-Bellièvre le remercier, le 15 mars 1581, de ce qu'il lui avait envoyé " l'ample discours de lui et de Calignon ", c'est-à-dire quelque factum maintenant perdu, dans lequel Revol reprochait au chancelier de Navarre et à ses coreligionnaires de faire obstacle à l'exécution de l'édit de Poitiers, après l'avoir accepté.
Cinq ans après (1586), notre Dauphinois était intendant de l'armée du duc d'Epernon, en Provence ; et c'est même, paraît-il, sur la recommandation de ce duc qu'Henri III le prit pour ministre, en même temps que Ruzé de Beaulieu (15 septembre 1588), lorsqu'il eut arrêté dans son esprit le coup d'Etat qui devait coûter la vie au duc et au cardinal de Guise, le 23 décembre 1588, pendant les Etats de Blois. Dans tous les cas, son brevet de secrétaire d'Etat le qualifie d'" homme fidèle, de sainte réputation, accoustumé à servir le Roy dès ses premières années " ; et s'il ne fut pas le seul, comme on l'a prétendu, à recevoir les confidences d'Henri III touchant l'assassinat qui se préparait, il est au moins un de ceux qui les reçurent : car, c'est lui qui fut chargé d'aller dire au duc de Guise que le roi le demandait. Seulement, comme il était " un grand personnage, mais timide ", à ce que rapporte le médecin Miron, témoin oculaire et auriculaire, il se trouva si malheureux d'être chargé de cela, qu'Henri III lui dit : " Mon Dieu, Revol, qu'y a-t-il ? Que vous êtes pâle ! Vous me gâterez tout. Frottez vos joues. " Et Revol frotta probablement ses joues, pour aller appeler celui que les assassins attendaient dans le cabinet du roi.
Henri III ayant été assassiné à son tour, Louis de Revol conserva ses fonctions sous Henri IV, qu'il contribua, dit-on, à convertir au catholicisme, et qui l'employa notamment pour les conférences de Noisy et de Suresnes ; il était encore, en effet, secrétaire d'Etat lorsqu'il mourut à Paris, le 24 septembre 1594, ne laissant qu'un fils, appelé Ennemond, que le roi Henri IV nomma évêque de Dol en 1592, mais qui, n'ayant pu obtenir ses bulles de la cour de Rome, nous ne savons pourquoi, se contenta de toucher les revenus de son évêché jusqu'en 1604, puis s'en démit, avec l'agrément du roi, en faveur d'Antoine de Revol, son cousin germain, et se retira ensuite à Valence probablement, où il avait une maison sur la place des Clercs.
Le tombeau de Louis de Revol se voyait encore au siècle dernier, dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, à droite du maître autel. Son buste est au musée de Versailles.
Les quelques dépêches de cet homme d'Etat, qui se trouvent dans le Recueil de Harangues, Remonstrances..., fait et publié par Jean de Lannel (Paris, 1622, in-8º), sont les seules qui aient été imprimées ; mais on en connaît encore deux recueils manuscrits, saVoir :
I. Lettres de M. de Revol, secrétaire d'Etat ; petit in-4º de 20 ff., qui se trouve à la Bibliothèque nationale et dont le contenu va du 1er janvier 1590 à la fin de 1593. - II. Un registre in-folio, qui appartenait, il y a quarante ans, au comte Henri de Monts, descendant des Revol par sa mère.
Le Père Lelong en cite quatre autres, que nous ne connaissons pas autrement :
I. Nº 30237. Lettres des sieurs Boivin du Villars, de Revol, et Duval de Stors, employés pour le roi auprès du duc de Savoie ; au Roi, à la Reine, au duc d'Anjou,... et d'eux auxdits sieurs, depuis août 1569 jusqu'en février 1588. Ces lettres étaient dans la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. - II. Nº 30294. Diverses instructions, dépêches et expéditions sur des affaires {302}importantes ; in-folio faisant autrefois partie de la bibliothèque de l'abbé de Caumartin. Il s'en trouvait aussi une copie en 3 volumes in-4º, dans la bibliothèque du président Bernard. - III. Mémoires et dépêches ; in-fol., dans la bibliothèque du chancelier Séguier et dans celle de l'abbaye de St-Germain-des-Prés. - IV. Nº 30998. Instructions à MM. de La Fin et de Chalesses, allant l'un au Lyonnais, Auvergne et Languedoc, et l'autre en Italie, auprès du duc de Toscane, après la conversion du roi Henri IV, tirées des manuscrits de feu M. de Revol, secrétaire d'Etat ; ce manuscrit se trouvait dans la bibliothèque de Saint-Vincent de Besançon et dans celle de Fevret de Fontette, dont les manuscrits font maintenant partie de la Bibliothèque nationale.
#Biogr. Dauph., ii, 840. - Moreri. - Chorier, Estat pol., iv. - Mss. bibl. Grenoble, nos 1427 et 1829. - Roman, Doc. inéd., 198. - Fauvelet du Toc, Hist. secr. d'Etat, 166. - Cimber et Danjou, Arch. cur., xii, 134. - Bull. d'archéol., xv, 85. - Lelong, Bibl. - Etc.




Brun-Durand Dictionnaire Biographique de la Drôme 1901

Société de Sauvegarde des Monuments Anciens de la Drôme & Les amis du Vieux Marsanne

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