TERRISSE (David-Théophile)



TERRISSE (David-Théophile)) médecin et professeur que les frère Haag appellent Territ, parce que so nom latinisé s'écrivait Territius, s'appelait en réalité André Castel, suivant M. le pasteur Arnaud, qui dit qu'il {369}changea de nom parce que, ayant été moine, il craignait qu'un couvent de son ordre, qu'il y avait à Valence, ne lui suscitât des difficultés. Cette assertion est d'autant moins vraisemblable, qu'il ne manquait pas alors de huguenots ayant porté l'habit religieux et que, loin de le dissimuler, ils s'en vantaient, pour se mieux faire valoir auprès de leurs nouveaux coreligionnaires ; il n'y a qu'à jeter un coup d'œil sur les registres de l'académie protestante de Die pour s'en convaincre. Puis, du moment qu'il redoutait les procédés de moines de son ordre établis à Valence, pourquoi se fixa-t-il en Dauphiné et presque dans le voisinage de Valence, au lieu de s'établir ailleurs ? Aussi, peut-on se demander si ce n'était pas tout simplement un homme à l'esprit inquiet et au caractère difficultueux ; à moins qu'il n'eût d'autres raisons que celles qui sont données pour cacher son véritable nom. En tout cas, il était du Bas-Dauphiné, probablement des environs du Buis, et, s'étant converti au protestantisme, il fut adressé, par le marquis de Gouvernet, à l'église de Milhau en Languedoc, qui l'envoya à celle de Die. Celle-ci l'ayant muni de lettres de recommandation pour les pasteurs de Genève, l'envoya étudier à l'académie de cette ville, le 24 novembre 1637, et, dans cette académie, Terrisse apprit différentes langues, la médecine et la philosophie. Il paraît même qu'il y fit, en outre, de l'alchimie, car on trouva chez lui, après son départ, au mois de novembre 1639, " des lanières de métaux et certaines notes sur des leçons qu'il avoit ouïes ", ce dont les pasteurs de Genève furent tellement scandalisés, qu'ils lui refusèrent, tout d'abord, une attestation de sa vie et de ses mœurs, - pièce qui lui était indispensable pour pouvoir enseigner dans une académie protestante. Cependant il finit par l'obtenir, grâce aux instances des chefs de l'académie de Die, qui ne savaient où prendre un professeur de philosophie ; et c'est alors, (janvier 1640), qu'il fut mis en possession de la chaire auparavant occupée, dans cette académie, par David de Rodon et par celui-ci abandonnée depuis un an.
Théophile Terrisse resta vingtdeux ans professeur de philosophie à l'académie de Die ; puis, tout à coup il s'éloigna de cette ville, sans seulement prendre congé du bureau académique. M. Arnaud en conclut que ce fut " à cause des embûches que lui suscitèrent ses anciens coreligionnaires ", tandis qu'il est patent que l'ancien moine n'eut de difficultés qu'avec des protestants : par exemple avec les anciens de l'église réformée de Loriol, qui se plaignaient, vers 1660, " de la persécution et trouble que leur donnoit M. Terrisse, professeur " ; et il n'y a pas jusqu'à son mariage, en 1642, qui donna lieu à des réclamations, parce que le pasteur Janvier le bénit après le premier coup de cloche, contrairement à l'usage. Du reste, après avoir occupé trois ans et demi durant une chaire à l'académie de Lausanne, il revint à Die, où sa chaire de philosophie lui fut rendue au mois d'octobre 1665 et où il eut, sept ans plus tard, avec un de ses coreligionnaires encore, une querelle, qui a fourni matière à un piquant article de Jules Ollivier, dans la Revue du Dauphiné (II, 327 et suiv.), sous le titre de : Une Dispute scientifique en 1672.
Une source d'eau minérale, qui se trouve sur le territoire de Die, au quartier des Pennes, ayant été signalée, cinquante-six ans auparavant, par le médecin Samuel Benoît, et un autre médecin de Die, Paul Terrasson (voir ce nom), ayant manifesté l'intention de la prôner à son tour, Terrisse, prenant les devants sur ce dernier, vanta les propriétés curatives de cette eau dans un petit mémoire manuscrit, que l'on se fit passer de mains en mains, et dans lequel il était dit que les merveilles opérées par ladite eau étaient une conséquence du plomb qu'elle contenait. Terrasson soutint au con{370}traire que c'était du mercure que l'on trouvait dans l'eau des Pennes, et de là des publications dans lesquelles les deux médecins ne s'épargnèrent pas les injures. La querelle en arriva même à ce point que notre vieux professeur, qui jouissait d'ailleurs d'assez peu de sympathie dans l'Académie pour n'avoir jamais été élu recteur, ne trouva rien de mieux que de s'éloigner une seconde fois de Die ; en 1673, en effet, il demandait au consistoire de cette ville, " pour lui servir, le cas échéant, comme d'un témoignage digne de foi ", de certifier qu'il avait professé la philosophie à l'académie de Die jusqu'au mois d'avril 1662 ; qu'il avait ensuite occupé une chaire de morale et de grec à l'académie de Lausanne et que, revenu à Die et remis en possession de sa chaire de philosophie à l'Académie, au mois de novembre 1665, il avait toujours vécu sans reproche, étant marié et de la religion. Après cela, il ne fut plus question de lui.
Ajoutons qu'en 1715, un Jean Terrisse, que nous croyons être le fils de Théophile, fut nommé juge des seigneuries de Vesc et de Valcroissant et Bonlieu.
BIBLIOGRAPHIE. - I. Thœses universœ philosophiœ christianœ pro summa laurea consequenda, quas Deo favente sub auspicio Dom. Theophilii Territii, philosophiœ professoris doctissimi in Academia Eccl... Ref. adolescentes sequenti paginœ sorte descripti... Deiœ Vocont... Ezec. Benedictus, 1642, in-8º.
II. Manuale philosophiœ christianœ, in quo singulari brevitate et claritate proponuntur omnia scitu necessaria philosophiœ studiosis Diœ... mdcxlvi, in-8º. Cours imprimé aux frais de sept Suisses, élèves de Terrisse.
III. Traité de la nature, qualitez et vertus de la fontaine depuis peu découverte au terroir de la ville de Die, au lieu de Pennes... Die, Fiquel, 1672 ; in-8º de 40 pp., comprenant en outre 2 répliques à Terrasson : la première intitulée : Apologie du traité de la nature, vertus et qualités de la fontaine depuis peu découverte au terroir de la ville de Die, contre les remarques faites sur iceluy, par l'auteur de la description et relation fidèle de la nature, propriété et usage de la dite fontaine, et l'autre : Le Plomb hors du tombeau, victorieux et triomphant de M. Terrasson, médecin, par lui-même.
#Biogr. Dauph., ii, 454. - Arch. Drôme, B, 1151, et D, 53 et 63. - Arnaud, Hist. prot. de Die, i, et Notice sur les impr... de Die, 23 et 29. - Etc.




Brun-Durand Dictionnaire Biographique de la Drôme 1901

Société de Sauvegarde des Monuments Anciens de la Drôme & Les amis du Vieux Marsanne

TERRASSON (Jeanne).htm <-- Retour à l'index --> TEYSSIER (Jacques).htm