LANCELIN DE LA ROLLIÈRE (Nicolas)



LANCELIN DE LA ROLLIÈRE (Nicolas)), officier de fortune que nous croyons être né à Montvendre, où il acquit, en tout cas, de bien bonne heure, quelques biens au quartier de la Rollière, dont il ajouta alors le nom au sien, était capitaine de 200 hommes de pied dans le régiment d'Aymar de Poisieu, seigneur du Passage, dès 1581, et celui-ci, qui fut un des chefs de la Ligue dans notre contrée, ayant obtenu en 1582 le gouvernement de Montélimar, qu'il ne pouvait remplir lui-même, il devint bientôt après son lieutenant dans cette charge. Seulement, les Montiliens, qui redoutaient de sa part quelque entreprise dont ils auraient à souffrir, refusèrent pendant longtemps de l'installer dans la citadelle, et lorsqu'ils s'y résignèrent, sur l'ordre réitéré de Maugiron, ils firent provisoirement monter la garde par six habitants et trois notables, ce qui eut naturellement pour résultat d'irriter La Rollière, dont les soldats se rendirent bientôt coupables d'excès qui donnèrent lieu à une enquête de l'autorité supérieure (juin 1584), à la suite de laquelle il fut défendu à notre lieutenant et à ses hommes de sortir du château " après la cloche sonnée. " D'où propos menaçants de La Rollière, qui finit par être victime d'une sorte de petit coup d'état ; car, ayant été invité à dîner, le 4 avril 1585, chez le seigneur d'Ancone, qui commandait dans la ville pour les habitants, et s'étant rendu à cette invitation, on se saisit de lui et le mit hors de la ville, pendant que d'autres, ayant pénétré dans le château, en délogeaient les quelques soldats qui y tenaient garnison.
Ainsi " désarçonné ", comme disent les écrits du temps, notre capitaine rejoignit du Passage, qui était alors gouverneur de la citadelle de Lyon, et, les habitants de cette ville ayant bientôt suivi l'exemple des Montiliens, c'est-à-dire chassé du Passage de chez eux (2 mai 1586), il tint la campagne avec lui jusqu'au 15 juillet de l'année suivante, date à laquelle La {68}Valette s'étant emparé du gouvernement de Valence, par surprise, le donna à du Passage qui, là encore, mit La Rollière pour commander en son absence. Or, ces absences furent tellement fréquentes, qu'à partir de 1590 ce dernier commanda en titre la citadelle de Valence, qu'il s'appliqua aussitôt à fortifier, faisant démolir pour cela quantité de maisons voisines, en dépit des plaintes des habitants, parce qu'il savait la place convoitée par les ligueurs et qu'il voulait la conserver au roi, pour qui il tenait tout à fait, depuis que le roi était Henri IV, - ce qu'il fit du reste en homme expérimenté, n'en sortant de temps à autre, avec les 400 hommes qu'il commandait, que pour s'assurer de ce qui se passait dans les villages environnants, ou bien pour aller concourir à la réduction du fameux comte de la Roche, dès qu'il sut que celui-ci, à qui il menait du renfort neuf ans auparavant (1588), était un traître qui voulait livrer la citadelle de Romans au duc de Savoie (1597). Puis, quand on en eut fini en France avec la Ligue, il alla guerroyer dans les Alpes, contre le duc de Savoie, avec Lesdiguières, et ce n'est enfin qu'à un âge avancé qu'il se retira sur le territoire de Livron, dans une maison de campagne, qui devait être plus tard érigée en fief sous le nom de la Rollière (1666), et qui, pour le moment, avait pour lui l'avantage d'être voisine du tout petit village d'Ambonil, dont il avait acquis la seigneurie. Car, il est bon de dire que le vieux capitaine ayant obtenu, en 1591, des lettres de noblesse en récompense de ses services, tenait à ce qu'on n'oubliât pas qu'il était gentilhomme, ce qui, joint à un caractère peu endurant, lui fit bien vite de tels ennemis à Livron, que le sieur de Gimar, l'un d'eux, qui était son voisin de terres, l'ayant rencontré, le tua d'un coup d'épée au mois de septembre 1610.
Sans enfants de son mariage avec Gabrielle de Sibeud de Saint-Ferriol, le capitaine La Rollière eut pour héritier son neveu, Jacques Lancelin, qui fut anobli à son tour, pour services militaires, en 1607, et qui fit souche ; mais, ce qu'il importe de rappeler surtout, c'est qu'un frère puîné de celui-ci, appelé Scipion Lancelin et abbé de Cruas (1627-1652), prouva, quoi qu'il fut homme d'église, qu'il était bien du même sang que son oncle ; car, l'armée huguenote du duc de Rohan ayant mis le siège devant Cruas, au mois d'avril 1628, " l'abbé, les moines, les habitants avec leurs femmes et quelques soldats se défendirent si bien, qu'ils enfoncèrent le mantelet que les assiégeants avaient placé contre leurs murailles, tuèrent quantité d'huguenots ; ce que voyant, leur général fit retirer son canon et ses troupes, et, par ce moyen, les moines et les habitants recouvrèrent leur liberté, ledit abbé ayant été blessé au bras droit fort légèrement ", dit le chanoine de Bannes.
#De Coston, Hist. de Montélimar, ii, 421. - Bull. d'archéol., v, 456. - Mém. d'Eust. Piémond, éd. Brun-Durand, 131, 154, 225, 230. - Arch. de Valence, BB, 52, 53. - Arch. de la Drôme, E, 1046. - Guy-Basset, Plaidoyers, i, 2e partie, 110. - Brun-Durand, Dict. topogr. de la Drôme, 315. - Laboissière, Comment. d'un sold. du Vivarais, 191. - Etc.




Brun-Durand Dictionnaire Biographique de la Drôme 1901

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