QUINTEL (Jean de)



QUINTEL (Jean de)), " homme célèbre ", dit Chorier, était d'Aoûste, près Crest, et le fils d'André de Quintel, pauvre gentilhomme qui mourut avant le 12 février 1538, date à laquelle Sybille de Quintel, sa fille, épousa Louis Vignon, simple cultivateur du même lieu. Sa mère s'appelait Claude de Jonas. Soldat des guerres de Piémont, s'intitulant écuyer et capitaine en 1543, il fut un des premiers à prendre ouvertement le parti de la Réforme dans notre {282}contrée ; car il était à Valence avec Mirabel, un de ses anciens compagnons d'armes et son voisin, quand les huguenots de cette ville s'emparèrent de l'église et du couvent des Cordeliers, au mois d'avril 1560. Mais il est bon de remarquer, cependant, qu'il manifesta des intentions conciliantes dans les conférences que les réformés eurent ensuite avec la municipalité valentinoise, et que c'est contre son avis que ses coreligionnaires se réunirent au nombre de plus de 4,000 et en armes, le jour de Pâques, pour la cène et le prêche. En effet, ayant été s'installer alors dans les cloîtres du couvent, pour éviter une surprise, il n'hésita pas à se retirer quand le lieutenant de roi en Dauphiné, Maugiron, lui en donna l'ordre (29 avril 1560), et s'éloigna même aussitôt de Valence.
Le 30 avril 1562, Quintel se trouvait derechef dans cette ville avec Mirabel : c'était à la suite de sa prise par des Adrets ; mais on ne voit pas qu'il ait joué un rôle actif dans l'assassinat de La Motte-Gondrin, non plus que dans les dévastations et pillages qui suivirent. D'ailleurs, chargé du commandement militaire de la place, après le départ du farouche baron, ses actes furent toujours empreints d'une certaine modération, ainsi que le prouve la demande qu'il fit, le 16 mai, au Conseil de ville, " de quatorze corselets et vingt-six morions, pour le service du roy et tuition et seureté de la cité en son obéissance, pour quelques jours, lesquels il baillera à gens solvables, qui donneront assurance de les rendre. "
Quelques jours après, Quintel était gouverneur de Montélimar pour des Adrets, qui lui donna le commandement de son artillerie lorsqu'il alla au secours de Sisteron assiégé par les catholiques (août 1562) ; et, devenu, dans le même temps, et conjointement avec Montbrun, Mirabel, Furmeyer, Vercoiran, Morges, Sauvain du Cheylard et Du Molin, membre d'un conseil, qui fut alors institué par les protestants du Dauphiné, " pour le faict de la guerre ", les Etats tenus à Montélimar du 6 au 11 décembre 1562 le confirmèrent dans cette charge, tout en enjoignant à des Adrets " de ne voloir faire ni entreprendre aulcune chose, sans l'assistance dudit conseil. " Seulement il n'en fut pas de même sept semaines plus tard, car les mêmes états assemblés à Valence, du 27 janvier au 6 février 1563, ne continuèrent pas à Jean de Quintel le mandat de membre du conseil de guerre. Peut-être celui-ci fut-il enveloppé dans la disgrâce qui atteignit alors son chef, des Adrets. En tout cas, il disparut de la scène jusqu'au mois d'août 1568, date à laquelle Montbrun, qui avait remplacé des Adrets comme chef du parti huguenot en Dauphiné, étant allé dans l'Ouest au secours de Condé et de Coligny avec sept régiments dauphinois, Quintel fut de la partie comme simple capitaine, alors que la plupart de ses anciens compagnons d'armes et même de plus jeunes qu'eux commandaient des régiments. Et s'il ne périt pas dans cette malheureuse campagne de Saintonge, qui coûta la vie à tant de ses compatriotes, il y finit en réalité sa carrière de soldat ; car, les débris du contingent dauphinois ayant repris le chemin du pays natal, sous la conduite de Montbrun, de Mirabel et de Quintel, après le désastre de Moncontour, ce dernier fut fait prisonnier au passage de la Dordogne, le 16 octobre 1569, et le silence se fit ensuite si complètement sur lui, que l'on croirait qu'il finit ses jours en captivité, si son testament, qui est en date du 6 juillet 1574, ne nous apprenait pas qu'il revint à Aoûste, où il mourut peu d'années après.
N'ayant pas eu d'enfants de son mariage avec Louise de Chaste, Jean de Quintel laissa l'usufruit de ses biens à cette dernière et la nue-propriété à Louise de Quintel, sa nièce, en les chargeant de donner à l'église {283}réformée d'Aoûste une somme de dix florins " chaque année que l'exercice y sera faict ". Ajoutons que ce testament fut fait audit Aoûste, en présence de Charles de Mallet et Jean Plan, ministres de la parole de Dieu.
#Chorier, Hist. gén., ii, 572. - Arch. de Valence, B, 6. - Régnier de la Planche, Mém., i, 205. - Lacroix, L'Arrond. de Montélimar, iii, 135, et vi, 123. - De Thou, Hist., i, 644. - Min. de not.




Brun-Durand Dictionnaire Biographique de la Drôme 1901

Société de Sauvegarde des Monuments Anciens de la Drôme & Les amis du Vieux Marsanne

QUINT (Jarenton).htm <-- Retour à l'index --> QUIOT (Jérome-François).htm